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EDITORIAL

Procès de la drogue : les trafiquants à la barre

Sauf imprévu de dernière minute, le procès tant attendu des narcotrafiquants devrait s'ouvre ce jeudi au Palais du Peuple à Conakry, sous la présidence du chef de l'Etat. Celui-là même qui, dès son avènement au pouvoir, s'était attaqué publiquement et vigoureusement au cartel de la drogue.

Pourtant au début, la tâche était risquée, surtout que les noms d'anciens dignitaires circulaient partout comme étant les parrains. Et très vite l'opinion a été rassurée après notamment l'arrestation du fils de feu général, Ousmane Conté, de surcroît ami personnel du capitaine Dadis. Puis la mise aux arrêts des anciens patrons de la police nationale et autres hauts gradés de l'armée y compris un membre influent du CNDD avait fini par convaincre de la volonté des nouvelles autorités d'en finir avec le cartel le plus actif de l'Afrique de l'Ouest.

On comprend aisément les raisons qui motivent le pouvoir à vouloir médiatiser à outrance ce procès qui n'aura d'égal que celui des gangs, même si à la différence que cette fois il s'agit de grosses légumes qui vont défiler à la barre, des intouchables jusqu'à la chute du régime Conté.

Déjà avec la célèbre série dénommée Dadis show, les guinéens ont été ahuris face aux aveux révoltants d'anciens dignitaires qui passaient pour les meilleurs et dignes représentants de l'Etat. On verra donc à la barre des personnalités importantes : Ousmane Conté, malade au moment de son arrestation, et qui s'était contenté d'avouer les faits à lui reprochés tout en excluant l'hypothèse d'être le parrain du cartel ; M'Bemba Bangoura, ancien gouverneur de Faranah, après Conakry et qui s'était illustré par sa brutalité envers les citoyens. Sans oublier Thermite Mara, Victor Traoré et bien d'autres flics qui étaient curieusement chargés de lutter contre la drogue et la grande criminalité.

Il y a aussi ceux qui ont été, soit des intermédiaires, soit des parrains cachés qui devront passer à la barre pour décrire leur propre aventure.

Les organisateurs du procès, en l'occurrence le ministre de la justice, entend rendre à César ce qui appartient à César et voilà que le président Dadis jouera la vedette à l'ouverture des Assises.

Il rappellera à la face du monde que la Guinée était devenue la plaque tournante et que son pouvoir a défait la bande. Il regrettera en revanche le manque d'appui de la communauté internationale dans cette lutte à outrance qu'il a personnellement menée avec les risques y compris physiques qui s'y attachent. Il avait promis de vaincre les narcotrafiquants et il peut se réjouir d'avoir tenu ses promesses. Seulement voilà que certains partenaires au développement croient encore qu'il y a de gros bonnets qui sont réputés avoir trempé dans cette affaire et qui semblent intouchables. Pour eux, la vraie lutte commencera avec l'arrestation de ceux-là. On sait par exemple qu'un baron de la drogue grec de nationalité a été très récemment arrêté en Guinée grâce à la collaboration internationale et la France aurait demandé officiellement son extradition au gouvernement guinéen. A l'image des maliens qui ont extradé la semaine dernière le financier de ce grec vers l'Hexagone.

Des noms d'hommes en tenue circulent discrètement dans les chancelleries occidentales qui seraient impliqués dans ce trafic et qui ne seraient toujours pas inquiétés.

En attendant, les téléspectateurs se régaleront abondamment d'images et d'aveux de grandes personnalités du régime Conté face à une cour qui voudra donner l'image d'une justice équitable mais rigoureuse.

Et à la fin du procès, les guinéens seront davantage édifiés sur le rôle que chacun aura joué dans cette folie qui leur a procuré tant de fortunes.

Ce procès servira certes d'exemple mais surtout découragera dorénavant tous ceux qui seraient tentés de vouloir s'enrichir à travers le trafic de drogue.

La Guinée aura ainsi inscrit son nom en lettre d'or sur la liste des Etats qui auront prouvé leur volonté politique de mettre hors d'état de nuire les trafiquants de dogue et leurs patrons disséminés à travers le monde.

Après ce procès, celui des fossoyeurs de l'économie nationale devra mettre la lumière sur la gabegie financière qui a mis à genou notre économie. Là également sont attendus plusieurs anciens gestionnaires des secteurs stratégiques, hauts dignitaires et complices. Tant l'objectif affiché du CNDD et de son président est de " nettoyer " avant de remettre le pouvoir aux civils.

Sadou Diallo

 
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