Souaré réussit son premier test
Après la restructuration du gouvernement avec en toile de
fond un nombre jugé pléthorique des cabinets ministériels,
le Premier ministre était très attendu sur la composition
des membres de son équipe gouvernementale. A ce niveau
Souaré a réussi, estiment les citoyens et des observateurs
de la scène politique guinéenne.
En effet, à partir du moment où le Premier ministre a
résisté contre les pressions de toutes sortes pour exclure
de sa liste des ministrables tous ses anciens collègues issus
du gouvernement après Cellou Dalein Diallo et avant Lansana
Kouyaté, il a déjà surmonté une première épreuve. En
outre, le fait d'avoir convaincu le chef de l'Etat, à qui on
reproche à tort ou à raison de n'avoir jamais accepté de
partager le pouvoir avec ses opposants, à signer une liste
dans laquelle figurent des responsables de l'opposition, il a
réalisé un deuxième exploit. Aussi, en maintenant des
ministres de son prédécesseur, le Premier ministre a mis un
autre atout de son côté.
Maintenant que les Guinéens ont leur gouvernement, ils
attendent cette autre équipe de pieds fermes. Les premiers
mois voire les premières semaines pourraient annoncer les
couleurs. Les défis sont nombreux et immenses, mais ils ne
sont pas insurmontables. Il suffit de la volonté et de la
détermination. Le premier défi auquel le nouveau
gouvernement sera confronté est celui des conflits sociaux.
Pour le moment les Guinéens, du moins ceux de la capitale,
ont oublié leurs misères quotidiennes. Confrontés qu'ils
sont à des mutineries et autres affrontements entre hommes en
uniforme, ils demandent la paix avant le pain. L'inquiétude
se lit sur tous les visages chaque jour. Chacun s'interroge de
quoi sera fait demain.
C'est ainsi que l'équipe Souaré devra s'atteler à la
restauration de l'autorité de l'Etat. Un Etat mis à rude
épreuve ces derniers temps avec la révolte des soldats qui
n'obéissent plus à leur hiérarchie. Ce qui en soi constitue
un réel motif d'inquiétude. Car dans l'armée, la discipline
est et doit être de rigueur. Une armée n'en est une que
lorsqu'elle est disciplinée. La nomination d'un civil à la
tête du département de la Défense serait-elle un bon choix
? Seul atout du ministre, les soldats n'ont rien à lui
reprocher en terme de détournement de leurs dus. Par contre,
sont-ils prêts à obéir à un civil alors qu'ils tiennent
tête même aux généraux ? Seuls les semaines et les mois
qui viennent nous le diront.
Après avoir donc réussi à calmer les soldats et les
enseignants, le gouvernement devrait tenir compte des
revendications de la police. Un corps qui constitue malgré
tous les péchés d'Israël qu'on lui reproche, la vitrine du
pays. La police est à l'image de la Guinée. Si ceux qui sont
à l'aéroport rançonnent les étrangers ceux qui sont dans
la circulation rackettent les automobilistes, ils sont ce que
leur pays a voulu qu'ils soient. Si la police routière donne
l'image de ceux qu'on appelle sous d'autres cieux les
clochards avec des tenues chiffonnées, c'est encore la faute
à l'Etat qui a fait d'eux de véritables parias de leur pays.
Donnez à un policier un salaire raisonnable et plusieurs
tenues correctes et voyez si un taximètre ose lui tendre un
billet de 500 francs.
Après la résolution des conflits sociaux, du moins pour
l'instant, le nouveau gouvernement devra s'atteler aux
services sociaux de base. Comme on dit chez nous, la bonne
sauce ne tarde pas à donner une bonne odeur. Les premiers
mois voire les premières semaines seront déterminants. Il
faut des résultats très vite pour éviter à la Guinée des
troubles sociaux comme ceux qu'elle a connus en janvier et
février 2007. Pour ce faire, le Premier ministre devra peser
de tout son poids pour lutter contre la corruption afin de
rompre avec le clientélisme, le népotisme, la gabegie et les
dépenses exorbitantes de l'Etat. Si les Guinéens constatent
que l'Etat, qui ne cesse de leur demander de faire des
sacrifices et de mettre l'intérêt de la Nation au-dessus de
tout se prive, lutte contre les prédateurs, ils vont le
soutenir et accepter de se priver eux-mêmes. Mais lorsque les
gouvernants font exactement le contraire du discours officiel,
le peuple leur fera savoir qu'on ne peut jamais tromper tout
le pays tout le temps.
Arrivé aux affaires après que l'homme providentiel, qui
s'installa à la primature au prix de la sueur et du sang de
ses compatriotes, ait montré ses limites, Ahmed Tidiane
Souaré a accepté une lourde responsabilité. S'il échoue ce
ne sera certes pas surprenant, mais si, par miracle, il
réussit, il sera un véritable héros national.
Habib Yambering Diallo |