Un enfant d'une victime du Camp Boiro témoigne
Mohamed Lamine Cissé est un économiste-financier en service à la
Direction Générale de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, à
la Décision des agences et antennes préfectorales. Et actuel
Directeur Adjoint de l'agence de la CNSS à Kankan. Il est le fils de
feu Sékou, et Fatou Cissé. Nous l'avons rencontré pour nous parler
de son père, victime du Camp Mamadou Boiro au temps de l'ancien
régime.
Dites-nous qui était votre père ?
Je ne peux pas vous parler de mon père sans vous remercier pour le
remarquable travail que vous êtes dans le cadre de la réhabilitation
des enfants des victimes du camp boiro.
Mon père fut arrêté en 1971, quand je n'avais que 5 ans. J'ai donc
un souvenir flou que je garde de mon père. Cette arrestation m'a fait
un choc car je n'ai pratiquement pas connu celui qui m'a donné la
vie. Je garde encore ce triste souvenir de la Jeep de marque russe qui
a transporté mon père pour un voyage sans retour, c'était un lundi
nuit aux environs de 3 heures du matin. Depuis ce jour, j'ai grandi
dans une famille monoparentale. Nous avons été les 5 enfants
élevés par ma mère. Les biens, meubles et immeubles de mon père
ont été confisqués par les responsables du régime. Nous étions
méprisés par tout le voisinage car nous portions l'étiquette
d'enfants d'agents de la cinquième colonne.
Ses relations avec Sékou Touré : Mon père étant médecin
vétérinaire, syndicaliste de son état, a milité dans le mouvement
syndical aux côtés du Président Ahmed Sékou Touré (AST). A
l'époque, ils étaient des amis aux dires de ma mère. Ce qui lui a
valu sa nomination à ces différents postes : 1er gouverneur de la
région administrative de Siguiri. 1er directeur général de la CNSS,
ambassadeur de la Guinée en Chine, ensuite, ministre du commerce
puis, arrêté en 1971 et détenu pendant des années au camp Boiro
où il rendra l'âme.
En ce qui concerne mes impressions sur le régime actuel : il faut
reconnaître que l'avènement de la 2ème République a permis une
ouverture de la Guinée à l'extérieur. Une partie des biens saisis
de mon père nous a été restituée. Ce régime, malgré quelques
défaillances a un mérite, celui de la démocratisation du pays par
l'avènement de l'ère du multipartisme. Nous demandons aux dirigeants
de ce régime, de tout mettre en œuvre pour l'organisation d'une conférence
nationale de vérité et réconciliation. Car, nous avons pardonné,
mais pour permettre de cicatriser nos béantes plaies, nous souhaitons
vivement que les bourreaux fassent leur mea-culpa
Parlant de l'association des enfants des victimes du camp boiro :
il est important de souligner que je suis l'un des membres de ladite
association, et je promets de me donner corps et âme pour cette
association afin que la lumière soit faite sur toutes les atrocités
commises et par la suite, permettre des funérailles dignes pour nos
parents disparus.
Pour le moment, nous avons un besoin impérieux d'identifier les
tombeaux de nos pères et parents disparus dans le mensonge. Et en
fin, je sollicite une union très solide entre tous les enfants des
victimes du camp Boiro d'ici et d'ailleurs.
Alpha Ibrahima Touré
Discours intégral de Hadja Rabiatou Sérah
DIALLO à la clôture de la 97ème conférence internationale du
travail
Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur Général,
Mesdames et Messieurs les délégués,
C'est avec beaucoup d'émotion et d'enthousiasme que je prends la
parole dans cette auguste salle des Assemblées. Je saisis cette
occasion pour remercier chaleureusement les travailleurs de mon pays,
les leaders syndicaux en Afrique et dans le monde pour le choix porté
sur ma modeste personne pour occuper la haute fonction de
vice-présidente travailleurs de notre 97ème session. Cette
expérience, la première pour moi, fut des plus enrichissante en
raison de la parfaite collaboration qui prévalu entre le Président
de la Conférence, M. Salamin Jean, le Vice-président employeurs, M.
Tabani et le Vice-président gouvernemental, M. Tayeb Louh.
L'adoption unanime de la Déclaration de l'OIT sur la Justice
sociale pour une Mondialisation Equitable démontre de façon
remarquable la capacité de l'OIT de réagir aux défis posés par la
mondialisation. Cette Déclaration se place dans la lignée historique
de la Constitution de l'OIT, la Déclaration de Philadelphie et la
Déclaration relative aux Principes et Droits fondamentaux au Travail.
Comme l'a souligné mon camarade Ebrahim Patel lors de l'adoption du
texte en plénière : "Cette Déclaration reflète la conviction
qu'une réalité différente est possible, qu'en lieu et place d'un
monde fait d'inégalité de revenus, de niveaux élevés de chômage
et de pauvreté, d'économies vulnérables aux chocs extérieurs, de
la croissance du travail non-protégé et informel et de l'érosion de
la relation de travail, pouvons construire un monde basé sur la
justice sociale."
Cette nouvelle Déclaration reconnaît que pour atteindre ce
louable objectif nous devons rendre opérationnel le travail décent
dans toutes ses composantes. Elle note que la liberté syndicale et le
droit à la négociation collective sont particulièrement importants
pour la réalisation des quatre objectifs stratégiques et souligne
que l'égalité entre hommes et femmes et la non-discrimination
doivent être considérées comme des questions transversales. Elle
souligne la nécessité pour l'OIT de pouvoir examiner les politiques
économiques, financières et commerciales à l'aune de leur impact
sur l'emploi. Avec l'adoption de cette Déclaration, les mandants ont
indiqué clairement qu'ils souhaitent une OIT plus forte qui soit
mieux à même de répondre aux besoins de ses mandants et qui lui
permette d'interagir dans le système multilatéral afin de promouvoir
la cohérence des politiques globales autour des objectifs de la
justice sociale et du travail décent. Le Groupe des Travailleurs
s'engagera avec conviction pour la mise en œuvre d'un plan d'action
qui soit à la hauteur des ambitions de la Déclaration.
Ce faisant, on ne peut négliger les moyens financiers. C'est la
raison pour laquelle nous considérons qu'il faut mettre un terme à
la croissance zéro et envisager lors des budgets prochains
d'accroître les moyens financiers de manière budgétaire.
Outre la Birmanie, la Commission de l'Application des Normes a
été saisie de 23 cas.
Le Groupe Travailleurs se réjouit que la situation de la Colombie
ait pu être discutée mais nous tenons à souligner que la méthode
de comparution ne doit en aucun cas créer un précédent pour
l'avenir. Le cas du Guatemala concernant les manquements à la
Convention 87 à été jugé suffisamment sérieux pour justifier une
mission à laquelle participeront les deux vice-présidents de la
Commission. Dans les cas du Bangladesh et du Zimbabwe, la Commission a
inclus ses commentaires dans un paragraphe spécial afin de souligner
sa grave préoccupation quant au respect par ces deux pays de la
Convention 87. Notre Groupe déplore une nouvelle fois l'attitude du
Zimbabwe qui, comme l'an dernier, a refusé de présenter devant la
Commission. Du haut de la Galerie, les représentants gouvernementaux
ont pu entendre Lovemore Matombo, Président du syndicat ZCTU et
plusieurs délégués travailleurs d'Afrique et d'ailleurs énumérer
les uns après les graves exactions commises par le gouvernement à
l'encontre des syndicalistes zimbabwéens. Je sympathise avec les
travailleurs dans les pays en difficulté car, nous en Guinée, nous
avons vécu et continuons de vivre les mêmes difficultés.
Notre Groupe aurait souhaité discuter du cas du Costa Rica pour la
Convention 98.
Nous regrettions vivement que le Ministre du Travail du Costa Rica
ait refusé lors de cette Conférence, de rencontrer une délégation
de travailleurs de haut niveau afin de discuter d'un projet de loi
entérinant les associations solidaristes. Nous lançons un appel pour
que le gouvernement collabore étroitement avec le BIT afin d'assurer
que les nouvelles mesures législatives soient en conformité avec les
conventions 87 et 98 de l'OIT. Dans le cadre de l'étude d'ensemble,
notre Groupe réitère son soutien à la promotion de la ratification
de la Convention 94.
Les conclusions de la discussion générale sur les compétences en
vue de stimuler la productivité, la croissance de l'emploi et le
développement soulignent le rôle de la formation pour affronter les
changements mondiaux majeurs tels que les changements technologiques,
climatiques ou encore la globalisation des marchés. Les conclusions
se réfèrent aux pratiques d'externalisation responsables exigeant
que les entreprises collaborent avec leurs sous-traitants ou leurs
prestataires de services afin d'offrir un travail décent et des
possibilités de formation et d'amélioration des compétences. La
promotion tout au long de la vie, notamment grâce aux conventions
collectives, est également reconnue. Enfin, les conclusions insistent
sur le besoin d'étendre les politiques de développement des
compétences aux travailleurs de l'économie informelle et aux
travailleurs dont la situation de travail est atypique.
La discussion générale sur la promotion de l'emploi rural pour
réduire la pauvreté qui s'est tenue dans un contexte marqué par la
crise alimentaire ne pouvait mieux tomber. Les conclusions seront un
outil utile pour les mandants afin de revitaliser leur travail dans
les zones rurales, souvent marquées par le déni des droits
syndicaux, l'usage du travail des enfants et manque de protection
sociale. Notre Groupe se félicite de la place centrale donnée au
tripartisme dans les conclusions ainsi que l'importance accordée à
la négociation collective dans la promotion des droits, le dialogue
social et la bonne gouvernance dans les zones rurales. Nous nous
réjouissons que les mandants se soient engagés à mettre un terme au
travail des enfants dans l'agriculture et que les conclusions
reconnaissent le rôle de l'éducation de base et gratuite pour
parvenir à cet objectif. Finalement, nous nous félicitons de
l'adoption de la résolution sur la crise alimentaire qui demande au
BIT de s'assurer que les dimensions de la crise sur l'emploi soient
examinées, notamment le lien entre le prix des aliments et le travail
décent.
Le rapport global en vertu du suivi de la Déclaration s'est
penché cette année sur la liberté d'association notamment les
enseignements tirés de la pratique. Beaucoup reste à faire dans le
domaine de la liberté syndicale et aucun pays n'est épargné,
quelque soit le niveau de développement économique et social. Il
reste du chemin à parcourir afin de garantir que les dispositions de
la Convention 87 dont nous fêtons cette année le 60e anniversaire
soient effectivement mises en œuvre. En tant que travailleuse, je
peux affirmer, appuyant ainsi le rapport, que la ratification est nécessaire
et constitue le point de départ de la mise en œuvre de la Convention
n°87. Mais la ratification ne saurait à elle seule suffire. Une fois
ratifiée, la Convention doit s'appliquer de manière effective. Je
tiens donc, et le groupe des travailleurs par ma voix, à encourager
le Directeur Général à continuer d'œuvrer pour sa politique de
ratification universelle des conventions 87 et 98 ainsi que pour un
accroissement des moyens matériels et humains alloués à la liberté
syndicale.
Monsieur le Président, la participation des femmes s'inscrit dans
la même dynamique de la liberté syndicale. De ce fait, j'invite les
mandants de l'OIT à déployer des efforts constants afin d'assurer
une participation effective des femmes dans les délégations à la
Conférence.
La session annuelle de la Conférence reste pour nous travailleurs
une tribune unique d'expression au monde. Cette année, elle a revêtu
un caractère spécifique puisqu'il s'est agi d'une année
d'élection. Le nouveau Conseil d'Administration aura de nombreuses
décisions à prendre pour assurer le suivi de cette conférence et
répondre aux défis que pose aujourd'hui la mondialisation. Je ne
doute pas qu'il sera à la hauteur de la tâche.
Pour conclure, laissez-moi rendre hommage au travail de la
greffière - Mme WRIGHT-BYLL et à son équipe pour leur excellent
travail et soutien. Je voudrais enfin me féliciter de la bonne
collaboration des interprètes sans lesquels la communication serait
difficile sinon impossible. Je ne peux oublier les fonctionnaires qui,
sous la direction de Monsieur Donati, ont facilité la documentation.
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