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POLITIQUE

Le Gouvernement Souaré installé - Les Guinéens attendent des résultats

Trente quatre Ministres et deux Secrétaires généraux dont quatre femmes. La nouvelle équipe gouvernementale est désormais connue. Elle a même pris officiellement fonction jeudi dernier, à travers l'audience que le président de la République lui a accordée et a tenu son tout premier Conseil extraordinaire dès le lendemain. Comme pour dire que le temps presse. Tant les défis sont énormes et les Guinéens désormais incrédules. On l'aura constaté, aucun ancien ministre d'avant Kouyaté n'y figure. Ceci était prévu, surtout pour calmer la rue et les partenaires sociaux qui avaient multiplié les déclarations de guerre si jamais les anciens dignitaires du régime faisaient leur retour aux affaires. Là Souaré a tenu parole, d'autant plus qu'il l'avait annoncé dès après sa nomination. Sa chance aura été la mésentente entre les activistes qui avaient vigoureusement œuvré à la chute de l'ancien chef du gouvernement et qui n'ont pas trouvé le moindre compromis entre eux. Sinon, quelques portefeuilles étaient réservés à une demi-dizaine parmi eux. Autre constat plutôt surprenant, aucun guinéen vivant à l'étranger n'a été appelé au gouvernement, contrairement au gouvernement Kouyaté. Même le ministère en charge des Guinéens de l'étranger est occupé par un compatriote qui a passé le meilleur de ses fonctions entre le ministre de l'Habitat et celui de l'Education nationale, en qualité de Chef de cabinet. Déjà, la plupart de nos compatriotes vivant à l'extérieur considèrent qu'ils ne sont pas représentés. D'autres pensent dans le meilleur des cas que Bah Oury aurait pu prendre ce portefeuille, pour avoir longtemps vécu dehors pour des raisons politiques et qui est issu de l'opposition démocratique. Il occupe le ministère de la Réconciliation qui aurait dû être, de l'avis de certains, confié soit à une personnalité religieuse, soit à une sommité intellectuelle indépendante.

D'ailleurs la plupart des personnes interrogées ne croient pas dans la nécessité de création de ces ministères au moment où l'Etat a besoin de réduire son train de vie. Juste pour dire qu'il aurait suffi de scinder les gros ministères hérités du gouvernement Kouyaté tels les ministères de l'Education, des Affaires étrangères et créer de grandes directions qui intègrent ces secteurs importants de la vie nationale.

A propos de représentativité, on peut se réjouir de la participation, bien que jugée timide, de l'opposition. Quatre portefeuilles paraissent sans doute très peu pour les partis politiques de l'opposition contre une bonne dizaine pour le PUP, parti au pouvoir. Bien plus, les représentants de l'UFDG, de l'UPR et de l'UPG n'occupent que des ministères en rade respectivement les portefeuilles de la Réconciliation, de l'Elevage, du Développement durable et de l'Environnement et de la Culture. Malgré tout, c'est un bon début dans la dynamique du changement. Car, il était inimaginable que les formations de l'opposition soient invitées à prendre part à un gouvernement. La preuve, c'est que même Lansana Kouyaté issu pourtant d'un soulèvement populaire fortement appuyé par l'opposition n'y a pas pensé.

Au total, la mouvance présidentielle a raflé la mise, comme c'était prévu. Le ministère de la Défense nationale est confié à un civil, ce qui n'est pas une première, Assifat Dorank Diassény a occupé pendant des années cette fonction, l'Administration du territoire, la Justice, trois Départements clé qui sont revenus à des proches du Chef de l'Etat, Almamy Kabélé Camara, celui-là même qui avait été nommé ministre de l'Intérieur avant d'en être limogé et destitué de ses fonctions de directeur général du Port Autonome de Conakry en avril 1996, Sékouba Bangoura, directeur national de la Coopération, Représentant de l'Ordre de Malte en Guinée ( colonel de la gendarmerie) et Bachir Touré, ancien président de la Cour des comptes de la Cour suprême, député du PUP. Il était le rapporteur de la Commission d'information parlementaire chargée d'enquêter sur les malversations financières commises sous l'ère Kouyaté en même temps que Yacine Barry, qui brigue le ministère du Commerce et de la compétitivité, lui aussi député du PUP, président de la Commission des Finances.

Autre constat, les deux représentants de l'intersyndicale CNTG-USTG ont été reconduits : Ousmane Souaré perd l'Enseignement supérieur et l'Enseignement technique et conserve l'Enseignement pré- universitaire. Ses performances dans l'organisation des examens l'année dernière ont dû peser sur ce choix. Il promet de faire mieux cette année. Amadou Diallo quant à lui laisse la Fonction publique à une femme d'affaires proche du président du Patronat Mamadou Sylla, Makalé Traoré, membre de l'Union des Forces républicaines, un parti d'opposition qui s'est abstenu de figurer dans le gouvernement Souaré. Selon toute vraisemblance, Sidya Touré avait posé des conditions qui ne pouvaient pas être respectées et donc il a décidé de retirer la liste des personnalités qu'il avait déposée. Le RPG d'Alpha Condé avait fait connaître sa position très tôt en indiquant qu'il ne participerait à aucun gouvernement du Général Lansana Conté. Le numéro 2 du gouvernement Amadou Lamarana Bah était chef de division à la direction de l'Intégration africaine au ministère des Affaires étrangères. Auparavant il avait été fonctionnaire à l'ambassade de Guinée au Nigeria, puis à Paris. Il n'a aucune couleur politique affichée. Il supplante Ousmane Doré à ce rang protocolaire qui reste cependant au ministère des Finances, amputé du Plan. Celui-ci ajouté à la Coopération est revenu à Djigui Camara qui était conseiller de Lansana Kouyaté, retraité de la Fonction publique alors qu'il était ambassadeur de Guinée en Chine, ancien directeur national de la Coopération internationale.

Le ministère de la Décentralisation détaché de l'Administration du Territoire est occupé par Ibrahima Diakité, porte-parole de la Coordination des organisations de la Société civile. Il arrive pour la première fois dans la haute administration, en même temps que Papa Koly Kourouma, PDG de Magic Voyage au Développement durable. Le titulaire du ministère de l'Enseignement professionnel Sanoussi Kaba est fondateur de l'Université " la Source ". Il avait été directeur général de la SOGETRAG.

Deux Youssouf font leur entrée au gouvernement, le premier, Sylla, à la pêche. Il avait été directeur national des Budgets avant d'être renvoyé par Kassory Fofana à l'époque puissant ministre des Finances et Diallo PDG de Transmar, signataire des accords de sortie de crise de l'année dernière pour le compte du Patronat. Il prend le ministère du développement industriel. Ce qui laisse la voie libre à Mamadou Sylla Président du Patronat qui peut se vanter d'avoir deux proches, notamment à la Fonction publique et au Commerce, Makalé Traoré et Yacine Barry.

Des inconnus viennent aux TP et à l'Habitat : Amadou Porédaka Diallo et Seydouba Camara, tous deux ont longtemps travaillé ensemble dans le cadre du projet développement d'infrastructures urbaines.

Des très jeunes aux dents longues sont aussi membres du gouvernement dont entre autres : Tibou Kamara après un bref passage à la tête du Conseil National de la Communication remplace Issa Condé au ministère de la Communication et des NTI, qui lui prend les rênes de la Jeunesse et des Sports, Cheick Touré aux Transports. Tibou est désigné porte-parole du gouvernement et aura la redoutable et ingrate tâche de défendre les positions délicates de l'Equipe.

Aly Gilbert Ifono, professeur d'histoire et écrivain, député PUP devient le premier ministre de la Culture, car c'est pour la toute première fois que ce ministère existe comme tel.

Toutes les dames de l'équipe Kouyaté ont été renvoyées au profit des plus jeunes : Mariame Béavogui, cardiologue au CHU d'Ignace Deen à la Santé, Germaine Manguet longtemps chef de cabinet du ministère de la Jeunesse aux Affaires sociales, Maïmouna Diallo au Tourisme, Makalé Traoré à la Fonction publique. Ceux qui espéraient compter plus de femmes au gouvernement ont été bien sûr déçus. Le Président de l'OGDH, Thierno Maadjou Sow exhorte les femmes à mieux se battre dans le cadre des partis politiques, afin d'occuper une place de choix, tant en nombre qu'en qualité.

Souleymane Cissé remplace Saïdou Diallo au contrôle d'Etat, Mohamed Demba remplace Bö Keita à la Sécurité.

Les ministres de l'Agriculture, des Finances, les Secrétaires généraux du gouvernement et des Affaires religieuses ont été confirmés. Celui de la Présidence Sam Mamady Soumah a été également confirmé et même promu au rang de ministre.

Voilà pour ce qui est de la physionomie du nouveau gouvernement. Les passations de charges ont eu lieu entre lundi et mercredi dans la plus grande courtoisie. Les cadres remerciés viennent grossir la liste des anciens ministres jetés à leur triste sort. Ainsi va l'Administration guinéenne.

La nouvelle équipe devra maintenant surmonter les inévitables divergences liées à l'exercice du pouvoir et se mettre à la tâche, une tâche à la fois immense et pesante. Faute de quoi, le gouvernement dit de large ouverture perdra vite ses marques et enterrera l'espoir que sa formation a suscité.

En tout cas, en recevant les ministres, la semaine dernière, dans une atmosphère plutôt détendue, le chef de l'Etat avait notamment déclaré : "Vous tous qui êtes là, je ne connais personne. Je vous connaîtrai au travail. Alors, je compte sur vous tous, et sur chacun à la tête de son département, pour développer ce pays..."

Sans tarder, les membres du gouvernement se sont mis à l'œuvre. Et lors du premier Conseil tenu vendredi, le Premier ministre, à son tour, a fixé les règles du jeu : "… L'autre vœu du Premier ministre, partagé par l'ensemble du gouvernement, c'est la nécessité impérieuse de procéder à un état des lieux dans les différents départements ministériels, afin que les ministres entrants soient édifiés à propos de l'héritage d'une part ; et d'autre part, qu'à leur tour, le moment venu, ils soient jugés et sanctionnés en toute connaissance de cause. A cet égard, le contrôle d'Etat a reçu un mandat express… ", avait indiqué le communiqué publié à l'issue de la session.

Et Ahmed Tidiane Souaré de conclure : " Le délai de grâce est court tant les populations attendent de nous beaucoup et tout de suite." Le gouvernement Souaré pourra-t-il réaliser son rêve, avec la guerre des clans qui semble faire son retour de sitôt. A en croire plusieurs sources, les conflits d'intérêts commencent déjà à miner le parcours du Premier ministre. Comme si la règle n'avait pas d'exception, les lendemains de remaniement gouvernemental sont toujours l'objet de déchirements. Plusieurs caciques du régime laissés dans le décor n'auraient pas fini de ruminer leur mécontentement et pourraient vite devenir des opposants farouches au gouvernement Souaré. Pourvu que les intérêts des Guinéens prévalent sur les querelles partisanes nuisibles à la Nation toute entière.

ACA

Les partis d'opposition au gouvernement promettent leur soutien à Souaré

Le gouvernement du Premier ministre, chef du gouvernement Ahmed Tiadiane Souaré a tenu son premier conseil des ministres la semaine dernière. En attendant de voir cette équipe gouvernementale à l'œuvre, les partis politiques qui ont accepté d'entrer en son sein promettent d'ores et déjà leur soutien à ce gouvernement.

En effet, alors que l'équipe Souaré ne s'est même pas encore totalement installée pour démarrer ses activités, des cadres frustrés pour n'avoir pas été retenus dans le gouvernement auraient déjà commencé leur manœuvre de déstabilisation en vouant aux gémonies, certains membres du nouveau gouvernement. Des cadres qui pourraient avoir en face d'eux des responsables des partis politiques qui eux, tout en optant de rester vigilants sur la gestion de la nouvelle équipe gouvernementale, n'entendent pas abandonner cette dont ils sont membres.

En effet, dans une déclaration datée du 21 juin 2008, l'Union pour le Progrès de la Guinée (UPG) de Jean Maie Doré, qui déclare s'être toujours battue pour une Guinée politiquement stable, économiquement prospère et socialement solidaire, dans l'unité nationale, a réaffirmé sa décision d'accompagner le gouvernement de Souaré en y participant par la présence de MM. Papa Koly Kourouma, Ministre du Développement Durable et de l'Environnement, de Aly Gilbert Ifono, Ministre de la Culture, des Arts et des Loisirs.

Elle a également réaffirmé sa volonté d'apporter son soutien responsable dans un esprit critique, sans complaisance, pour le succès de la République et de l'Etat de droit.

Toutefois, l'Union pour le Progrès de la Guinée a déclaré avoir noté l'émiettement de certains Départements essentiels sans justification évidente, de même qu'elle observe un certain déséquilibre dans la ventilation des membres du gouvernement. Pour être explicite, Jean Marie Doré relève le fait que le chef du gouvernement n'a pas tenu compte de l'équilibre dans la représentativité des courants politiques.

L'UPG espère quand même que les membres du nouveau gouvernement s'engageront avec patriotisme, efficacité et loyauté à œuvrer dans la cohérence et la solidarité sincère et responsable en dépit des faiblesses constatées, pour parvenir à liquider les causes et les effets pervers de la misère du peuple de Guinée, et à restaurer l'autorité de l'Etat, condition sine qua non de la garantie des libertés et de la sécurité du territoire, des citoyens et de leurs biens.

Pour sa part, le leader de l'Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, promet également le soutien de son parti au Gouvernement au sein duquel se trouve le Secrétaire général du parti. " Je pense que c'est un gouvernement d'ouverture, comme l'avait souhaité Monsieur le Premier ministre et le Président de la République ", a-t-il précisé. Le président de l'UFDG a confirmé le soutien que son parti compte apporter au gouvernement dans la mesure où, dit-il, les engagements pris par le Premier ministre sont tenus à savoir, l'organisation à bonne date des élections transparentes et surtout la mise en œuvre jusqu'à son terme du programme conclu avec les institutions de brettons wood. " La mise en œuvre de ce programme est à nos jeux une garantie suffisante d'amélioration de la gouvernance et de la prise en compte des intérêts des populations ", a souligné Cellou Dalein Diallo.

Par rapport au nombre de ministère jugé par certains de pléthorique, le président de l'UFDG estime que ce n'est pas l'effectif du gouvernement qui compte, mais plutôt la politique que le gouvernement va mettre en œuvre pour sortir le pays de la situation de crise actuelle afin de relancer un développement durable. " Le gouvernement c'est une répartition des tâches et comme c'est un gouvernement de large ouverture avec les partis politiques, les syndicats et la Société civile, je n'ai pas de réserve particulière par rapport à l'effectif du gouvernement. " Cependant, le président de l'UFDG annonce que son parti sera très vigilant sur la nature des politiques qui seront mises en œuvre par le gouvernement. " Bien entendu, si le gouvernement prend des décisions qui, à nos yeux, ne sont pas conformes aux engagements pris, qui ne tiennent pas compte des intérêts à court et à moyen terme de la population, l'UFDG pourrait s'exprimer et émettre ses réserves critiques. " a-t-il conclu.

Par rapport au nombre de ses représentants au gouvernement, contrairement au plus grand nombre qu'on lui attribue, le président de l'UFDG précise qu'il n'a qu'un seul représentant, en l'occurrence Bah Oury, le ministre en charge de la Réconciliation Nationale et des Relations entre les Institutions.

Il en est de même pour Bah Ousmane, le président de l'Union pour le Renouveau et le Progrès (UPR) qui sans aller du dos de la cuillère nous a confirmé que l'UPR soutiendra le gouvernement de Ahmed Tidiane Souaré."

Du côté des partis non-membres du gouvernement en place, Sidya Touré, le leader de l'Union des Forces Républicaines, déclare tout simplement n'avoir pas pris part au gouvernement à cause du fait que les conditions posées par son parti n'ont pas été prises en compte. Mieux, le président de l'UFR estime qu'il serait important qu'une solution définitive soit trouvée à la crise sein de l'armée guinéenne plutôt que sa participation ou non au gouvernement actuel. Car, souligne-t-il, tant qu'il n'y a pas d'entente entre les forces de sécurité, c'est toute la population qui est en insécurité et la stabilité gouvernementale même reste menacée.

Guilana Fidel Mômou

Le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré promet le bien-être aux Guinéens

" Le Gouvernement que j'ai l'honneur de conduire s'attachera sans tarder à prendre des mesures économiques et sociales dont l'urgence est dictée par la situation actuelle de la Nation. "

Pour annoncer la formation de son gouvernement, le Premier ministre a choisi de s'adresser à ses compatriotes. Objectif : dépeindre la situation socio-économique et politique, envisager des solutions idoines et justifier ses choix. Lire l'intégralité de son allocution radiotélévisée du jeudi dernier.

 " CHERS COMPATRIOTES

Notre pays traverse actuellement une série d'agitations qui troublent l'ordre public et éprouvent de manière inacceptable les paisibles populations de Conakry et même de l'intérieur du pays. De multiples revendications catégorielles, constituant le dénominateur commun de ces agitations, ont malheureusement emprunté le chemin des violences, toujours aussi douloureuses qu'inutiles. Je m'incline avec tristesse et émotion devant la mémoire des victimes et déplore les destructions matérielles qui aggravent encore un peu plus les abysses de la pauvreté et de la précarité que nous voulons éradiquer.

Compte tenu des réalités socio-économiques de notre pays, mais aussi de la conjoncture mondiale, nous sommes unanimes à penser que nous n'avons nullement besoin d'une crise à répétition, qui en rajoute aux difficultés quotidiennes des populations civiles, dont je salue le courage, le calme et la dignité observés depuis le début de ces regrettables épreuves. C'est pour moi l'occasion solennelle d'inviter tout le monde à la retenue.

Je suis heureux de constater que les vertus du dialogue et de la concertation nous permettent progressivement de trouver des solutions pacifiques aux revendications exprimées. Afin d'accélérer l'aboutissement des efforts entrepris à cet égard, j'ai décidé de mettre immédiatement sur pied une commission nationale ad hoc consultative, placée sous mon autorité directe, dont les avis et recommandations me permettront de prendre rapidement les décisions visant la résolution des conflits sociaux.

De manière plus systématique, je veillerai à ce que le Gouvernement se concentre sur les causes structurelles qui sont à la source de ces conflits sociaux, en vue de se donner les moyens de s'attaquer aux crises sociales avant qu'elles ne prennent des dimensions difficiles à gérer.

Chers Compatriotes,

Le 20 Mai 2008, Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l'Etat, le Général Lansana CONTE, de par ses prérogatives constitutionnelles, m'a fait l'insigne honneur de me confier les hautes charges de Premier Ministre, Chef du Gouvernement.

Une fois de plus, je voudrais l'en remercier très sincèrement et le rassurer de mon total dévouement au service des valeurs de la République et aussi de mon indéfectible attachement aux nobles idéaux de la Nation Guinéenne. Ainsi, me fondant sur les instructions du Chef de l'Etat visant la mise en place d'un gouvernement de large ouverture, avec des structures allégées et des responsabilités mieux définies, je viens d'achever une série de consultations avec les forces vives et politiques de la nation, à savoir:

-D'abord, les Partis Politiques, expression de la démocratie et du multipartisme depuis la Loi Fondamentale du 23 décembre 1990. C'est aux Partis Politiques, en effet, que notre Constitution assigne la vocation d'impliquer les citoyens, par des actions incitatives, dans la gestion des affaires publiques et de les initier à la pratique politique dans le sens noble du terme. Une démocratie solide et effective ne peut se bâtir que sur le socle d'organisations politiques fortes et responsables.

- Ensuite, les Institutions de la République, dont l'Assemblée Nationale, la Cour Suprême, le Conseil National de la Communication et le Conseil Economique et Social, qui sont les garants de l'Etat de Droit, dépositaires de la légalité et de la légitimité populaire.

- Puis, le Conseil National des Organisations de la Société Civile par lequel s'expriment les convictions citoyennes, ainsi que les devoirs civiques et sociaux;

- Enfin, Les Syndicats, ardents défenseurs des conditions de vie et de travail de la population active.

De ce processus de consultation, j'ai retiré une riche moisson d'idées et d'avis, qui m'ont démontré toute la pertinence de l'inspiration si chère au père de la Nation, celle de l'absolue nécessité de convier tous les enfants du pays, sans exclusive, à l'œuvre de construction nationale.

Aussi, comme vous le savez, par le Décret D/2008/024/PRG/SGG du 13juin 2008, le Chef de l'Etat a approuvé le projet de restructuration du Gouvernement que je lui ai proposé.

Aujourd'hui, une fois de plus, en parfait accord avec lui, et prenant en compte les pertinentes propositions qui m'ont été faites lors des consultations, j'ai fait appel, pour la formation du Gouvernement, à des femmes et des hommes qui ne sont certainement pas les seuls méritants, ni les meilleurs, loin s'en faut.

Ils sont cependant vos filles et fils, vos proches et vos collaborateurs qui, avec votre appui et votre contribution, rechercheront les solutions aux multiples problèmes auxquels notre pays est confronté. Je demeure convaincu que la Guinée ne pourra se faire qu'avec tous les guinéens. Je ne puis me passer d'aucune compétence, tant les chantiers sont multiples et vastes. Nous devons nous armer de tolérance, pour nous accepter mutuellement les uns les autres, mettre en symbiose les intelligences et les énergies au service du développement de notre pays.

Chers Compatriotes

Une structure gouvernementale traduit nécessairement une vision et une approche politique qui reflètent une perception des enjeux du moment et des défis d'avenir. C'est là l'explication de la création inédite de certains Ministères au sein de la structure gouvernementale retenue, notamment les Ministères de la Réconciliation Nationale de la Solidarité et des Relations avec les Institutions, de la promotion des l'Emploi des Jeunes, de la Décentralisation et du Développement local. J'en ferai mes priorités en vue de gagner des batailles décisives.

Il s'agit avant tout de la bataille de la réconciliation nationale sans laquelle, notre nation, malgré ses importants potentiels humains et naturels, risque de sacrifier toutes ses chances de développement durable à l'autel de la haine et de la division, dans un contexte mondial toujours plus concurrentiel, menacé plus que jamais par les tentations hégémoniques des géostratégies des groupes dominants.

Il s'agit aussi de la bataille pour le plein emploi de notre vaillante jeunesse, afin de soustraire notre pays, de manière graduelle et structurelle, du cercle vicieux du chômage des jeunes, de la pauvreté rampante, de la délinquance et de l'insécurité, Il faut dénicher tous les emplois possibles, et créer en faveur des jeunes, tous genres confondus, de nouvelles opportunités de se réaliser et de se valoriser.

Il s'agit enfin d'enclencher, de manière méthodique et irréversible, le processus d'appropriation par les populations à la base, des paradigmes du développement local par la maîtrise des outils et mécanismes de la gestion participative.

Le Gouvernement que j'ai l'honneur de conduire s'attachera sans tarder à prendre des mesures économiques et sociales dont l'urgence est dictée par la situation actuelle de la Nation.

L'objectif primordial est d'abord de réconcilier notre Nation avec elle-même et avec sa classe dirigeante, en instaurant :

o D'une part, une bonne gouvernance politique et sociale dans un climat démocratique avec l'élargissement des espaces de liberté et de sécurité, la prise en compte des revendications catégorielles négociées avec nos partenaires sociaux et la préparation des élections libres et transparentes;

o D'autre part, une bonne gouvernance économique par la conduite à son terme de notre programme formel, conditionné par la stabilisation de cadre macroéconomique, la maîtrise de l'inflation avec au final l'amélioration du pouvoir d'achat, la lutte contre la corruption, la création d'un climat favorable aux investissements dans les secteurs de l'eau, de l'électricité, de la santé, de l'éducation, des routes, etc. Entre autres, une attention exceptionnelle sera accordée au développement de l'agriculture, principale source de bien-être pour les vaillantes populations paysannes de Guinée.

Chers compatriotes,

Les défis à relever sont certes immenses, et votre Gouvernement n'a pas la prétention de les relever tous, et tout de suite. Cependant, par le contenu qualitatif qu'il mettra à son action, il veut s'affirmer comme un Gouvernement de l'espoir, guidé et motivé par l'obligation de résultats dans les divers domaines de l'économie, de la cohésion sociale, du travail et de la solidarité.

C'est dans cet esprit qu'il souhaite nouer un véritable pacte avec le peuple de Guinée.

Ce pacte sera d'abord républicain par le respect de la Loi Fondamentale et la poursuite de la construction démocratique ; mais, il sera aussi un pacte de croissance durable et de solidarité par la création d'une richesse nationale plus substantielle et mieux redistribuée.

C'est dans le prisme de cette vision résolument tournée vers un meilleur avenir pour toutes et tous, que s'inscriront les grandes réformes qui seront engagées avec toutes les forces vives, avec le noble dessein d'assurer à notre pays le progrès auquel aspirent les populations.

Mesdames et Messieurs, Chers concitoyens,

Ces perspectives sont à notre portée, pourvu que nous acceptions, chacun pour sa part et dans la position qui est la sienne, d'adopter la discipline et l'attitude requises, et de déployer les efforts exigés par les sauts qualitatifs que nous sommes condamnés à faire pour notre bien à tous, pour nos enfants et pour les futures générations.

Pour ma part, je voudrais vous rassurer de mon optimisme dans l'avenir de notre Nation. Cet optimisme, loin de toute utopie, se nourrit de cet intarissable appel au changement qui habite notre peuple, toutes générations confondues. Je suis convaincu que le bouillonnement d'aujourd'hui, définitivement soustrait de l'emprise étriquée de l'ego, désormais canalisé et orienté vers les grandes causes communes, nous permettra de faire de notre pays le havre de paix et de bonheur partagé auquel nous avons toujours aspiré.

J'ai confiance en la Guinée, en une Guinée généreuse et volontaire et je vous invite, chers compatriotes, au travail dans la responsabilité et le civisme. Nous sommes unanimes à admettre que la récréation n'a que trop duré. Il est temps qu'elle prenne fin, pour la sécurité et la prospérité de notre jeune nation.

Mon Gouvernement et moi-même savons compter sur le soutien de toutes et de tous, dans l'accomplissement de cette haute mission, confiée à tout le peuple de Guinée, à travers son Excellence Monsieur le Président de la République, le Général Lansana CONTE.

Que Dieu protège la Guinée.

Je vous remercie ! "

Communiqué du premier conseil des ministres du gouvernement Souaré

Il s'est tenu ce vendredi 27 juin 2008 de 9 h à 13 heures à la Primature une session extraordinaire du conseil des ministres. Sous la présidence de Dr Ahmed Tidiane Souaré, Premier ministre, chef du gouvernement, ce conseil extraordinaire a examiné les points suivants inscrits à l'ordre du jour :

1- Ethique et principes du travail gouvernemental
2- Organisation du travail gouvernemental
3- Préparation du plan d'action sectoriel des ministères et du programme d'action gouvernemental avec une composante programme minimum d'urgence
4- Mémorandum de politique économique et financière du gouvernement et plan stratégique de réforme des finances publiques
5- Identification et programmation des grands dossiers de l'Etat par les départements ministériels
6- Conditions d'installation des départements ministériels
7- Restructuration des départements ministériels
8- Divers

Avant d'ouvrir les débats, le Premier ministre, chef du gouvernement, Dr Ahmed Tidiane Souaré, a réitéré l'appel du chef de l'Etat au cours de l'audience qu'il a bien voulu accorder à la nouvelle équipe gouvernementale, à savoir le respect mutuel, le patriotisme, une conscience très élevée du devoir et de la responsabilité d'Etat, le respect de la hiérarchie pour qu'enfin émerge une administration publique efficace et scrupuleuse, apte à accomplir toutes ses obligations vis-à-vis des citoyens. Le Premier ministre a instruit aux membres du gouvernement de se conformer aux orientations et aux directives éclairées du Chef de l'Etat, son excellence le général Lansana Conté, pour la bonne conduite de l'action gouvernementale et aussi pour combler les espoirs suscités par la mise en place du nouveau gouvernement. Un gouvernement composé, ainsi que l'a recommandé monsieur le président de la République, de toutes les forces vives du pays.

Pour sa part, le Premier ministre, chef du gouvernement, a fait des recommandations utiles et pertinentes pour préserver la cohésion de son équipe et créer les conditions de la confiance et de l'estime réciproques : la transparence, le respect du secret des délibérations, le devoir de réserve qu'impose la qualité de membre du gouvernement, la discipline et la solidarité gouvernementales basées sur la concertation tous azimuts et la collégialité. Par ailleurs, Dr Ahmed Tidiane Souaré a exhorté les membres du gouvernement à l'austérité et à la sobriété afin de donner l'exemple et partager avec les populations les sacrifices indispensables à améliorer la situation économique et financière. " Il faut se garder de tout gaspillage, les rares ressources dont dispose l'Etat doivent être équitablement réparties et profiter à tous et non à une minorité ", a vivement recommandé le Premier ministre, chef du gouvernement.

L'autre vœu du Premier ministre, partagé par l'ensemble du gouvernement, c'est la nécessité impérieuse de procéder à un état des lieux dans les différents départements ministériels, afin que les ministres entrants soient édifiés à propos de l'héritage d'une part ; et d'autre part, qu'à leur tour, le moment venu, ils soient jugés et sanctionnés en toute connaissance de cause. A cet égard, le contrôle d'Etat a reçu un mandat express. Il faut cependant souligner que le Premier ministre a précisé qu'il ne s'agit guère de déclencher une chasse aux sorcières. Bien au contraire, il a invité les nouveaux ministres a tiré le meilleur parti de l'expérience de leurs prédécesseurs pour l'élaboration de leurs plans et programmes d'action. " Le délai de grâce est court tant les populations attendent de nous beaucoup et tout de suite ", a prévenu le chef du gouvernement. Aussi a-t-il été demandé à chaque ministre d'identifier des actions concrètes et réalistes à mener et qui vont constituer la trame du programme gouvernemental. Il a été d'ailleurs préconisé l'élaboration d'un programme minimum d'urgence. Pour ce faire, il a été recommandé de revisiter celui conçu par le gouvernement sortant pour l'adapter au contexte et aux défis de l'heure. Le ministre de l'Economie et des finances a été invité à tenir compte dans la loi rectificative de finances des aménagements intervenus dans la structure gouvernementale ainsi que ceux envisagés dans les différents programmes et stratégies hérités.

Quant à l'organisation du travail gouvernemental, le Premier ministre, chef du gouvernement, a annoncé au conseil l'organisation prochaine d'un séminaire à l'attention des nouveaux ministres, afin de définir et adopter ensemble des objectifs précis et clairs et aussi de discuter des voies et moyens pour les atteindre dans des délais raisonnables, en tenant compte de l'impatience des populations et de la demande sociale très forte. A cette occasion, il sera aussi débattu d'un système d'évaluation interne des membres du gouvernement pour corriger au fur et à mesure les faiblesses et les insuffisances constatées.

Au titre des communications, le ministre de l'Economie et des finances a informé le conseil du passage du dossier Guinée devant le Conseil d'Administration du FMI le 11 juillet prochain, dans le cadre de la revue périodique du programme liant cette institution à la Guinée. Ainsi, trois documents ont été soumis à l'examen du conseil à savoir : le mémorandum de politique économique et financière du gouvernement, le plan stratégique de réforme des finances publiques, le plan d'assainissement d'EDG. Après l'exposé introductif du ministre de l'Economie et des finances, le conseil a émis des avis et suggestions et s'est prononcé en faveur de l'adoption des documents présentés. Auparavant, le ministre de l'Economie et des finances a rappelé quelques souhaits émis par les institutions financières internationales dans le cadre du partenariat avec le gouvernement. Entre autres, le plan d'assainissement d'Electricité de Guinée - EDG -, l'adoption par l'Assemblée Nationale d'un projet de loi relatif à une modification des statuts de la Banque Centrale , la flexibilité des prix des produits pétroliers en tenant compte de l'évolution du cours mondial du baril du pétrole…

Abordant le 5e point de l'ordre du jour, le Premier ministre, chef du gouvernement, a invité les différents ministres à communiquer sans délai tous les dossiers brûlants à soumettre à l'examen de la prochaine session du conseil des ministres.

En outre, pour permettre à la nouvelle équipe gouvernementale d'avoir les moyens de ses ambitions, le Premier ministre, chef du gouvernement, a demandé le recouvrement de tous les montants dus à l'Etat. Il a aussi enjoint le ministre de l'Economie et des finances de travailler avec d'autres ministres, dès le lundi 30 juin, à identifier des sources de recettes potentielles pour l'Etat. Pour soulager les populations, le chef du gouvernement a instruit le ministre du Commerce et de la compétitivité de rencontrer les opérateurs économiques afin de discuter des modalités pratiques de réduction des prix des denrées de première nécessité comme le riz. Une équipe gouvernementale composée du ministre du Commerce et de la compétitivité, du Développement industriel, des PME et de l'artisanat, du ministre de l'Economie et des finances rencontrera les mêmes opérateurs économiques pour discuter et s'accorder à propos des activités en Guinée du bureau Veritas.

En ce qui concerne les conditions d'installation des ministres, le ministre Secrétaire Général à la Présidence a donné d'amples informations à propos des dispositions déjà prises. Il a rassuré le conseil que tous les ministres seront dûment installés et à temps pour leur permettre d'être opérationnels. Le Premier ministre a insisté sur l'urgence à mener à bien ce processus d'installation.

Abordant la question de la restructuration des départements ministériels, le Premier ministre, chef du gouvernement, a déclaré qu'au cours du prochain conseil des ministres, un projet de décret relatif à la nouvelle structure gouvernementale sera discuté et adopté pour être ensuite soumis à la signature du chef de l'Etat, son excellence le général Lansana Conté. D'ores et déjà, le chef du gouvernement a souhaité que les ministres entament les consultations pour la formation de leurs cabinets respectifs. " Il n'y a pas de temps à perdre ", a-t-il indiqué. Pour justement faciliter la tâche aux ministres et les mettre effectivement au travail, le conseil a demandé à chaque membre du gouvernement de déterminer dans la semaine un jour d'audience publique. Le Premier ministre a aussi demandé à ses collaborateurs de se présenter les premiers à leurs bureaux, dès 8 heures, pour constituer un exemple de ponctualité et d'assiduité au poste pour tous les autres dans le but d'instaurer une administration efficace et consciencieuse.

Enfin, au titre des informations, le conseil a été informé par le ministre de l'Enseignement pré-universitaire et de l'éducation civique du calendrier des examens de fin d'année : ils débuteront par l'épreuve du baccalauréat unique le lundi 30 juin 2008 et s'étendront jusqu'au 19 juillet inclusivement. Le Premier ministre, chef du gouvernement, a mis à profit l'occasion pour demander aux ministres en charge de l'Education de préparer dès maintenant la rentrée scolaire compte tenu des nombreux défis à relever.

Pour sa part, le ministre de la Sécurité a annoncé la reprise effective du travail par la police à la demande du gouvernement et a rassuré de la disponibilité de son personnel à remplir correctement sa mission traditionnelle au service de l'Etat et des institutions.

Pour le conseil, le ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l'Information, Porte-parole du gouvernement 

Tibou Kamara

Halte à la culture de l'impunité !

Les policiers tombés sous les balles de leurs frères d'armes le 17 juin dernier ont été inhumés le vendredi dernier au cimetière de Kameroun. En même temps les grévistes ont repris le travail après avoir obtenu des grades entre autres. Mais, pour le commun des mortels, les leçons à tirer de cette grève de la police guinéenne sont les graves violations des droits de l'homme perpétrées par d'autres hommes en uniforme.

En effet, la constitution de la République de Guinée reconnaît au citoyen le droit d'observer une grève pour revendiquer ses droits. C'est pour user de ce droit et surtout pour emboîter le pas aux militaires que la police guinéenne a entamé un mouvement de grève le 16 juin dernier. Un mouvement qui a tourné au drame dès le lendemain. L'armée, qui venait d'arrêter elle-même une mutinerie à l'issu de laquelle des citoyens ont perdu leur vie et leurs biens, s'est vivement opposée à cette grève. Elle a réprimé violemment la grève de la police, saccageant des commissariats de police, incendiant des véhicules de la police et massacrant certains agents grévistes. Ce fut un véritable mardi noir pour la police. Ironie du sort, une véritable chasse à l'homme contre les agents chargés du maintien de l'ordre dans la cité a été organisée. Certains policiers ont été arrêtés, tabassés, leur tenue déchirée parfois brûlée. Certains d'entre eux ont été traînés dans des eaux usées de la capitale. Ils ont été obligés de se laver et même de boire ces eaux insalubres. Des spectacles horribles se sont déroulés devant le centre culturel franco-guinéen.

Cette autre violation de la constitution guinéenne fait suite à une série d'autres violations qui menacent dangereusement la sécurité individuelle et collective en Guinée. En effet, durant leur dernière mutinerie les soldats ont obtenu des autorités l'abandon de toute poursuite contre les auteurs des tueries de janvier et février 2007. En outre, les détenus suite à ces événements ont été purement et simplement libérés sans aucune forme de procès.

Dès lors la commission d'enquête devant faire la lumière sur les tueries de janvier et février 2007, qui avait déjà du mal à se mettre en place et à fonctionner, semble être définitivement enterrée. Cela veut dire que les victimes des événements de janvier et février 2007 n'ont plus aucun recours. Cette impunité dont bénéfice les services de sécurité est extrêmement dangereuse dans la mesure où à l'absence de la loi les justiciables vont essayer de se rendre justice.

Cette culture de l'impunité n'a pas commencé aujourd'hui. Elle date de la première République. En effet, jusqu'aujourd'hui aucun tortionnaire encore moins un commanditaire des graves violations des droits de l'homme dont la Guinée fut tristement célèbre pendant la révolution n'a été inquiété. Certains responsables du nouveau pouvoir ayant été directement ou indirectement impliqués dans les violations des droits de l'homme de l'ancien régime, ils ont toujours fait obstacle à la manifestation de la vérité. C'est ainsi que, contrairement à l'engagement solennellement pris devant la communauté internationale au lendemain de la prise du pouvoir par l'armée en avril 1984, certains nouveaux responsables ne tardèrent pas, à leur tour, à commettre les mêmes crimes qu'ils ont vivement condamnés. Que ce soit en 1985, en 1998 ou en 2007, la Guinée après Sékou Touré a enregistré beaucoup de victimes.

Rien ne justifiant la mort d'un homme, les autorités doivent mettre tout en œuvre pour arrêter cette culture d'impunité. Quel que soit le prix à pays les auteurs des graves violations des droits de l'homme doivent répondre de leurs actes. Dans un monde désormais unipolaire, les auteurs des tueries, des vols, des viols et autres atrocités de toutes sortes doivent savoir que le monde les observe et que ces crimes ne resteront jamais impunis. Eux et leurs commanditaires répondront inévitablement un jour ou l'autre devant la justice nationale ou internationale.

Habib Yambering Diallo


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