Le Gouvernement Souaré installé - Les Guinéens
attendent des résultats
Trente quatre Ministres et deux Secrétaires généraux
dont quatre femmes. La nouvelle équipe gouvernementale est
désormais connue. Elle a même pris officiellement fonction
jeudi dernier, à travers l'audience que le président de la
République lui a accordée et a tenu son tout premier Conseil
extraordinaire dès le lendemain. Comme pour dire que le temps
presse. Tant les défis sont énormes et les Guinéens
désormais incrédules. On l'aura constaté, aucun ancien
ministre d'avant Kouyaté n'y figure. Ceci était prévu,
surtout pour calmer la rue et les partenaires sociaux qui
avaient multiplié les déclarations de guerre si jamais les
anciens dignitaires du régime faisaient leur retour aux
affaires. Là Souaré a tenu parole, d'autant plus qu'il
l'avait annoncé dès après sa nomination. Sa chance aura
été la mésentente entre les activistes qui avaient
vigoureusement œuvré à la chute de l'ancien chef du
gouvernement et qui n'ont pas trouvé le moindre compromis
entre eux. Sinon, quelques portefeuilles étaient réservés
à une demi-dizaine parmi eux. Autre constat plutôt
surprenant, aucun guinéen vivant à l'étranger n'a été
appelé au gouvernement, contrairement au gouvernement
Kouyaté. Même le ministère en charge des Guinéens de
l'étranger est occupé par un compatriote qui a passé le
meilleur de ses fonctions entre le ministre de l'Habitat et
celui de l'Education nationale, en qualité de Chef de
cabinet. Déjà, la plupart de nos compatriotes vivant à
l'extérieur considèrent qu'ils ne sont pas représentés.
D'autres pensent dans le meilleur des cas que Bah Oury aurait
pu prendre ce portefeuille, pour avoir longtemps vécu dehors
pour des raisons politiques et qui est issu de l'opposition
démocratique. Il occupe le ministère de la Réconciliation
qui aurait dû être, de l'avis de certains, confié soit à
une personnalité religieuse, soit à une sommité
intellectuelle indépendante.
D'ailleurs la plupart des personnes interrogées ne croient
pas dans la nécessité de création de ces ministères au
moment où l'Etat a besoin de réduire son train de vie. Juste
pour dire qu'il aurait suffi de scinder les gros ministères
hérités du gouvernement Kouyaté tels les ministères de
l'Education, des Affaires étrangères et créer de grandes
directions qui intègrent ces secteurs importants de la vie
nationale.
A propos de représentativité, on peut se réjouir de la
participation, bien que jugée timide, de l'opposition. Quatre
portefeuilles paraissent sans doute très peu pour les partis
politiques de l'opposition contre une bonne dizaine pour le
PUP, parti au pouvoir. Bien plus, les représentants de
l'UFDG, de l'UPR et de l'UPG n'occupent que des ministères en
rade respectivement les portefeuilles de la Réconciliation,
de l'Elevage, du Développement durable et de l'Environnement
et de la Culture. Malgré tout, c'est un bon début dans la
dynamique du changement. Car, il était inimaginable que les
formations de l'opposition soient invitées à prendre part à
un gouvernement. La preuve, c'est que même Lansana Kouyaté
issu pourtant d'un soulèvement populaire fortement appuyé
par l'opposition n'y a pas pensé.
Au total, la mouvance présidentielle a raflé la mise,
comme c'était prévu. Le ministère de la Défense nationale
est confié à un civil, ce qui n'est pas une première,
Assifat Dorank Diassény a occupé pendant des années cette
fonction, l'Administration du territoire, la Justice, trois
Départements clé qui sont revenus à des proches du Chef de
l'Etat, Almamy Kabélé Camara, celui-là même qui avait
été nommé ministre de l'Intérieur avant d'en être limogé
et destitué de ses fonctions de directeur général du Port
Autonome de Conakry en avril 1996, Sékouba Bangoura,
directeur national de la Coopération, Représentant de
l'Ordre de Malte en Guinée ( colonel de la gendarmerie) et
Bachir Touré, ancien président de la Cour des comptes de la
Cour suprême, député du PUP. Il était le rapporteur de la
Commission d'information parlementaire chargée d'enquêter
sur les malversations financières commises sous l'ère
Kouyaté en même temps que Yacine Barry, qui brigue le
ministère du Commerce et de la compétitivité, lui aussi
député du PUP, président de la Commission des Finances.
Autre constat, les deux représentants de l'intersyndicale
CNTG-USTG ont été reconduits : Ousmane Souaré perd
l'Enseignement supérieur et l'Enseignement technique et
conserve l'Enseignement pré- universitaire. Ses performances
dans l'organisation des examens l'année dernière ont dû
peser sur ce choix. Il promet de faire mieux cette année.
Amadou Diallo quant à lui laisse la Fonction publique à une
femme d'affaires proche du président du Patronat Mamadou
Sylla, Makalé Traoré, membre de l'Union des Forces
républicaines, un parti d'opposition qui s'est abstenu de
figurer dans le gouvernement Souaré. Selon toute
vraisemblance, Sidya Touré avait posé des conditions qui ne
pouvaient pas être respectées et donc il a décidé de
retirer la liste des personnalités qu'il avait déposée. Le
RPG d'Alpha Condé avait fait connaître sa position très
tôt en indiquant qu'il ne participerait à aucun gouvernement
du Général Lansana Conté. Le numéro 2 du gouvernement
Amadou Lamarana Bah était chef de division à la direction de
l'Intégration africaine au ministère des Affaires
étrangères. Auparavant il avait été fonctionnaire à
l'ambassade de Guinée au Nigeria, puis à Paris. Il n'a
aucune couleur politique affichée. Il supplante Ousmane Doré
à ce rang protocolaire qui reste cependant au ministère des
Finances, amputé du Plan. Celui-ci ajouté à la Coopération
est revenu à Djigui Camara qui était conseiller de Lansana
Kouyaté, retraité de la Fonction publique alors qu'il était
ambassadeur de Guinée en Chine, ancien directeur national de
la Coopération internationale.
Le ministère de la Décentralisation détaché de
l'Administration du Territoire est occupé par Ibrahima
Diakité, porte-parole de la Coordination des organisations de
la Société civile. Il arrive pour la première fois dans la
haute administration, en même temps que Papa Koly Kourouma,
PDG de Magic Voyage au Développement durable. Le titulaire du
ministère de l'Enseignement professionnel Sanoussi Kaba est
fondateur de l'Université " la Source ". Il avait
été directeur général de la SOGETRAG.
Deux Youssouf font leur entrée au gouvernement, le
premier, Sylla, à la pêche. Il avait été directeur
national des Budgets avant d'être renvoyé par Kassory Fofana
à l'époque puissant ministre des Finances et Diallo PDG de
Transmar, signataire des accords de sortie de crise de
l'année dernière pour le compte du Patronat. Il prend le
ministère du développement industriel. Ce qui laisse la voie
libre à Mamadou Sylla Président du Patronat qui peut se
vanter d'avoir deux proches, notamment à la Fonction publique
et au Commerce, Makalé Traoré et Yacine Barry.
Des inconnus viennent aux TP et à l'Habitat : Amadou
Porédaka Diallo et Seydouba Camara, tous deux ont longtemps
travaillé ensemble dans le cadre du projet développement
d'infrastructures urbaines.
Des très jeunes aux dents longues sont aussi membres du
gouvernement dont entre autres : Tibou Kamara après un bref
passage à la tête du Conseil National de la Communication
remplace Issa Condé au ministère de la Communication et des
NTI, qui lui prend les rênes de la Jeunesse et des Sports,
Cheick Touré aux Transports. Tibou est désigné porte-parole
du gouvernement et aura la redoutable et ingrate tâche de
défendre les positions délicates de l'Equipe.
Aly Gilbert Ifono, professeur d'histoire et écrivain,
député PUP devient le premier ministre de la Culture, car
c'est pour la toute première fois que ce ministère existe
comme tel.
Toutes les dames de l'équipe Kouyaté ont été renvoyées
au profit des plus jeunes : Mariame Béavogui, cardiologue au
CHU d'Ignace Deen à la Santé, Germaine Manguet longtemps
chef de cabinet du ministère de la Jeunesse aux Affaires
sociales, Maïmouna Diallo au Tourisme, Makalé Traoré à la
Fonction publique. Ceux qui espéraient compter plus de femmes
au gouvernement ont été bien sûr déçus. Le Président de
l'OGDH, Thierno Maadjou Sow exhorte les femmes à mieux se
battre dans le cadre des partis politiques, afin d'occuper une
place de choix, tant en nombre qu'en qualité.
Souleymane Cissé remplace Saïdou Diallo au contrôle
d'Etat, Mohamed Demba remplace Bö Keita à la Sécurité.
Les ministres de l'Agriculture, des Finances, les
Secrétaires généraux du gouvernement et des Affaires
religieuses ont été confirmés. Celui de la Présidence Sam
Mamady Soumah a été également confirmé et même promu au
rang de ministre.
Voilà pour ce qui est de la physionomie du nouveau
gouvernement. Les passations de charges ont eu lieu entre
lundi et mercredi dans la plus grande courtoisie. Les cadres
remerciés viennent grossir la liste des anciens ministres
jetés à leur triste sort. Ainsi va l'Administration
guinéenne.
La nouvelle équipe devra maintenant surmonter les
inévitables divergences liées à l'exercice du pouvoir et se
mettre à la tâche, une tâche à la fois immense et pesante.
Faute de quoi, le gouvernement dit de large ouverture perdra
vite ses marques et enterrera l'espoir que sa formation a
suscité.
En tout cas, en recevant les ministres, la semaine
dernière, dans une atmosphère plutôt détendue, le chef de
l'Etat avait notamment déclaré : "Vous tous qui êtes
là, je ne connais personne. Je vous connaîtrai au travail.
Alors, je compte sur vous tous, et sur chacun à la tête de
son département, pour développer ce pays..."
Sans tarder, les membres du gouvernement se sont mis à l'œuvre.
Et lors du premier Conseil tenu vendredi, le Premier ministre,
à son tour, a fixé les règles du jeu : "… L'autre vœu
du Premier ministre, partagé par l'ensemble du gouvernement,
c'est la nécessité impérieuse de procéder à un état des
lieux dans les différents départements ministériels, afin
que les ministres entrants soient édifiés à propos de
l'héritage d'une part ; et d'autre part, qu'à leur tour, le
moment venu, ils soient jugés et sanctionnés en toute
connaissance de cause. A cet égard, le contrôle d'Etat a
reçu un mandat express… ", avait indiqué le
communiqué publié à l'issue de la session.
Et Ahmed Tidiane Souaré de conclure : " Le délai de
grâce est court tant les populations attendent de nous
beaucoup et tout de suite." Le gouvernement Souaré
pourra-t-il réaliser son rêve, avec la guerre des clans qui
semble faire son retour de sitôt. A en croire plusieurs
sources, les conflits d'intérêts commencent déjà à miner
le parcours du Premier ministre. Comme si la règle n'avait
pas d'exception, les lendemains de remaniement gouvernemental
sont toujours l'objet de déchirements. Plusieurs caciques du
régime laissés dans le décor n'auraient pas fini de ruminer
leur mécontentement et pourraient vite devenir des opposants
farouches au gouvernement Souaré. Pourvu que les intérêts
des Guinéens prévalent sur les querelles partisanes
nuisibles à la Nation toute entière.
ACA
Les partis d'opposition au gouvernement
promettent leur soutien à Souaré
Le gouvernement du Premier ministre, chef du gouvernement
Ahmed Tiadiane Souaré a tenu son premier conseil des
ministres la semaine dernière. En attendant de voir cette
équipe gouvernementale à l'œuvre, les partis politiques qui
ont accepté d'entrer en son sein promettent d'ores et déjà
leur soutien à ce gouvernement.
En effet, alors que l'équipe Souaré ne s'est même pas
encore totalement installée pour démarrer ses activités,
des cadres frustrés pour n'avoir pas été retenus dans le
gouvernement auraient déjà commencé leur manœuvre de déstabilisation
en vouant aux gémonies, certains membres du nouveau
gouvernement. Des cadres qui pourraient avoir en face d'eux
des responsables des partis politiques qui eux, tout en optant
de rester vigilants sur la gestion de la nouvelle équipe
gouvernementale, n'entendent pas abandonner cette dont ils
sont membres.
En effet, dans une déclaration datée du 21 juin 2008,
l'Union pour le Progrès de la Guinée (UPG) de Jean Maie
Doré, qui déclare s'être toujours battue pour une Guinée
politiquement stable, économiquement prospère et socialement
solidaire, dans l'unité nationale, a réaffirmé sa décision
d'accompagner le gouvernement de Souaré en y participant par
la présence de MM. Papa Koly Kourouma, Ministre du
Développement Durable et de l'Environnement, de Aly Gilbert
Ifono, Ministre de la Culture, des Arts et des Loisirs.
Elle a également réaffirmé sa volonté d'apporter son
soutien responsable dans un esprit critique, sans
complaisance, pour le succès de la République et de l'Etat
de droit.
Toutefois, l'Union pour le Progrès de la Guinée a
déclaré avoir noté l'émiettement de certains Départements
essentiels sans justification évidente, de même qu'elle
observe un certain déséquilibre dans la ventilation des
membres du gouvernement. Pour être explicite, Jean Marie
Doré relève le fait que le chef du gouvernement n'a pas tenu
compte de l'équilibre dans la représentativité des courants
politiques.
L'UPG espère quand même que les membres du nouveau
gouvernement s'engageront avec patriotisme, efficacité et
loyauté à œuvrer dans la cohérence et la solidarité
sincère et responsable en dépit des faiblesses constatées,
pour parvenir à liquider les causes et les effets pervers de
la misère du peuple de Guinée, et à restaurer l'autorité
de l'Etat, condition sine qua non de la garantie des libertés
et de la sécurité du territoire, des citoyens et de leurs
biens.
Pour sa part, le leader de l'Union des Forces
Démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, promet
également le soutien de son parti au Gouvernement au sein
duquel se trouve le Secrétaire général du parti. " Je
pense que c'est un gouvernement d'ouverture, comme l'avait
souhaité Monsieur le Premier ministre et le Président de la
République ", a-t-il précisé. Le président de l'UFDG
a confirmé le soutien que son parti compte apporter au
gouvernement dans la mesure où, dit-il, les engagements pris
par le Premier ministre sont tenus à savoir, l'organisation
à bonne date des élections transparentes et surtout la mise
en œuvre jusqu'à son terme du programme conclu avec les
institutions de brettons wood. " La mise en œuvre de ce
programme est à nos jeux une garantie suffisante
d'amélioration de la gouvernance et de la prise en compte des
intérêts des populations ", a souligné Cellou Dalein
Diallo.
Par rapport au nombre de ministère jugé par certains de
pléthorique, le président de l'UFDG estime que ce n'est pas
l'effectif du gouvernement qui compte, mais plutôt la
politique que le gouvernement va mettre en œuvre pour sortir
le pays de la situation de crise actuelle afin de relancer un
développement durable. " Le gouvernement c'est une
répartition des tâches et comme c'est un gouvernement de
large ouverture avec les partis politiques, les syndicats et
la Société civile, je n'ai pas de réserve particulière par
rapport à l'effectif du gouvernement. " Cependant, le
président de l'UFDG annonce que son parti sera très vigilant
sur la nature des politiques qui seront mises en œuvre par le
gouvernement. " Bien entendu, si le gouvernement prend
des décisions qui, à nos yeux, ne sont pas conformes aux
engagements pris, qui ne tiennent pas compte des intérêts à
court et à moyen terme de la population, l'UFDG pourrait
s'exprimer et émettre ses réserves critiques. " a-t-il
conclu.
Par rapport au nombre de ses représentants au
gouvernement, contrairement au plus grand nombre qu'on lui
attribue, le président de l'UFDG précise qu'il n'a qu'un
seul représentant, en l'occurrence Bah Oury, le ministre en
charge de la Réconciliation Nationale et des Relations entre
les Institutions.
Il en est de même pour Bah Ousmane, le président de
l'Union pour le Renouveau et le Progrès (UPR) qui sans aller
du dos de la cuillère nous a confirmé que l'UPR soutiendra
le gouvernement de Ahmed Tidiane Souaré."
Du côté des partis non-membres du gouvernement en place,
Sidya Touré, le leader de l'Union des Forces Républicaines,
déclare tout simplement n'avoir pas pris part au gouvernement
à cause du fait que les conditions posées par son parti
n'ont pas été prises en compte. Mieux, le président de
l'UFR estime qu'il serait important qu'une solution
définitive soit trouvée à la crise sein de l'armée
guinéenne plutôt que sa participation ou non au gouvernement
actuel. Car, souligne-t-il, tant qu'il n'y a pas d'entente
entre les forces de sécurité, c'est toute la population qui
est en insécurité et la stabilité gouvernementale même
reste menacée.
Guilana Fidel Mômou
Le Premier ministre Ahmed Tidiane
Souaré promet le bien-être aux Guinéens
" Le Gouvernement que j'ai l'honneur de conduire
s'attachera sans tarder à prendre des mesures économiques et
sociales dont l'urgence est dictée par la situation actuelle
de la Nation. "
Pour annoncer la formation de son gouvernement, le Premier
ministre a choisi de s'adresser à ses compatriotes. Objectif
: dépeindre la situation socio-économique et politique,
envisager des solutions idoines et justifier ses choix. Lire
l'intégralité de son allocution radiotélévisée du jeudi
dernier.
" CHERS COMPATRIOTES
Notre pays traverse actuellement une série d'agitations
qui troublent l'ordre public et éprouvent de manière
inacceptable les paisibles populations de Conakry et même de
l'intérieur du pays. De multiples revendications
catégorielles, constituant le dénominateur commun de ces
agitations, ont malheureusement emprunté le chemin des
violences, toujours aussi douloureuses qu'inutiles. Je
m'incline avec tristesse et émotion devant la mémoire des
victimes et déplore les destructions matérielles qui
aggravent encore un peu plus les abysses de la pauvreté et de
la précarité que nous voulons éradiquer.
Compte tenu des réalités socio-économiques de notre
pays, mais aussi de la conjoncture mondiale, nous sommes
unanimes à penser que nous n'avons nullement besoin d'une
crise à répétition, qui en rajoute aux difficultés
quotidiennes des populations civiles, dont je salue le
courage, le calme et la dignité observés depuis le début de
ces regrettables épreuves. C'est pour moi l'occasion
solennelle d'inviter tout le monde à la retenue.
Je suis heureux de constater que les vertus du dialogue et
de la concertation nous permettent progressivement de trouver
des solutions pacifiques aux revendications exprimées. Afin
d'accélérer l'aboutissement des efforts entrepris à cet
égard, j'ai décidé de mettre immédiatement sur pied une
commission nationale ad hoc consultative, placée sous mon
autorité directe, dont les avis et recommandations me
permettront de prendre rapidement les décisions visant la
résolution des conflits sociaux.
De manière plus systématique, je veillerai à ce que le
Gouvernement se concentre sur les causes structurelles qui
sont à la source de ces conflits sociaux, en vue de se donner
les moyens de s'attaquer aux crises sociales avant qu'elles ne
prennent des dimensions difficiles à gérer.
Chers Compatriotes,
Le 20 Mai 2008, Son Excellence Monsieur le Président de la
République, Chef de l'Etat, le Général Lansana CONTE, de
par ses prérogatives constitutionnelles, m'a fait l'insigne
honneur de me confier les hautes charges de Premier Ministre,
Chef du Gouvernement.
Une fois de plus, je voudrais l'en remercier très
sincèrement et le rassurer de mon total dévouement au
service des valeurs de la République et aussi de mon
indéfectible attachement aux nobles idéaux de la Nation
Guinéenne. Ainsi, me fondant sur les instructions du Chef de
l'Etat visant la mise en place d'un gouvernement de large
ouverture, avec des structures allégées et des
responsabilités mieux définies, je viens d'achever une
série de consultations avec les forces vives et politiques de
la nation, à savoir:
-D'abord, les Partis Politiques, expression de la
démocratie et du multipartisme depuis la Loi Fondamentale du
23 décembre 1990. C'est aux Partis Politiques, en effet, que
notre Constitution assigne la vocation d'impliquer les
citoyens, par des actions incitatives, dans la gestion des
affaires publiques et de les initier à la pratique politique
dans le sens noble du terme. Une démocratie solide et
effective ne peut se bâtir que sur le socle d'organisations
politiques fortes et responsables.
- Ensuite, les Institutions de la République, dont
l'Assemblée Nationale, la Cour Suprême, le Conseil National
de la Communication et le Conseil Economique et Social, qui
sont les garants de l'Etat de Droit, dépositaires de la
légalité et de la légitimité populaire.
- Puis, le Conseil National des Organisations de la
Société Civile par lequel s'expriment les convictions
citoyennes, ainsi que les devoirs civiques et sociaux;
- Enfin, Les Syndicats, ardents défenseurs des conditions
de vie et de travail de la population active.
De ce processus de consultation, j'ai retiré une riche
moisson d'idées et d'avis, qui m'ont démontré toute la
pertinence de l'inspiration si chère au père de la Nation,
celle de l'absolue nécessité de convier tous les enfants du
pays, sans exclusive, à l'œuvre de construction nationale.
Aussi, comme vous le savez, par le Décret
D/2008/024/PRG/SGG du 13juin 2008, le Chef de l'Etat a
approuvé le projet de restructuration du Gouvernement que je
lui ai proposé.
Aujourd'hui, une fois de plus, en parfait accord avec lui,
et prenant en compte les pertinentes propositions qui m'ont
été faites lors des consultations, j'ai fait appel, pour la
formation du Gouvernement, à des femmes et des hommes qui ne
sont certainement pas les seuls méritants, ni les meilleurs,
loin s'en faut.
Ils sont cependant vos filles et fils, vos proches et vos
collaborateurs qui, avec votre appui et votre contribution,
rechercheront les solutions aux multiples problèmes auxquels
notre pays est confronté. Je demeure convaincu que la Guinée
ne pourra se faire qu'avec tous les guinéens. Je ne puis me
passer d'aucune compétence, tant les chantiers sont multiples
et vastes. Nous devons nous armer de tolérance, pour nous
accepter mutuellement les uns les autres, mettre en symbiose
les intelligences et les énergies au service du
développement de notre pays.
Chers Compatriotes
Une structure gouvernementale traduit nécessairement une
vision et une approche politique qui reflètent une perception
des enjeux du moment et des défis d'avenir. C'est là
l'explication de la création inédite de certains Ministères
au sein de la structure gouvernementale retenue, notamment les
Ministères de la Réconciliation Nationale de la Solidarité
et des Relations avec les Institutions, de la promotion des
l'Emploi des Jeunes, de la Décentralisation et du
Développement local. J'en ferai mes priorités en vue de
gagner des batailles décisives.
Il s'agit avant tout de la bataille de la réconciliation
nationale sans laquelle, notre nation, malgré ses importants
potentiels humains et naturels, risque de sacrifier toutes ses
chances de développement durable à l'autel de la haine et de
la division, dans un contexte mondial toujours plus
concurrentiel, menacé plus que jamais par les tentations
hégémoniques des géostratégies des groupes dominants.
Il s'agit aussi de la bataille pour le plein emploi de
notre vaillante jeunesse, afin de soustraire notre pays, de
manière graduelle et structurelle, du cercle vicieux du
chômage des jeunes, de la pauvreté rampante, de la
délinquance et de l'insécurité, Il faut dénicher tous les
emplois possibles, et créer en faveur des jeunes, tous genres
confondus, de nouvelles opportunités de se réaliser et de se
valoriser.
Il s'agit enfin d'enclencher, de manière méthodique et
irréversible, le processus d'appropriation par les
populations à la base, des paradigmes du développement local
par la maîtrise des outils et mécanismes de la gestion
participative.
Le Gouvernement que j'ai l'honneur de conduire s'attachera
sans tarder à prendre des mesures économiques et sociales
dont l'urgence est dictée par la situation actuelle de la
Nation.
L'objectif primordial est d'abord de réconcilier notre
Nation avec elle-même et avec sa classe dirigeante, en
instaurant :
o D'une part, une bonne gouvernance politique et sociale
dans un climat démocratique avec l'élargissement des espaces
de liberté et de sécurité, la prise en compte des
revendications catégorielles négociées avec nos partenaires
sociaux et la préparation des élections libres et
transparentes;
o D'autre part, une bonne gouvernance économique par la
conduite à son terme de notre programme formel, conditionné
par la stabilisation de cadre macroéconomique, la maîtrise
de l'inflation avec au final l'amélioration du pouvoir
d'achat, la lutte contre la corruption, la création d'un
climat favorable aux investissements dans les secteurs de
l'eau, de l'électricité, de la santé, de l'éducation, des
routes, etc. Entre autres, une attention exceptionnelle sera
accordée au développement de l'agriculture, principale
source de bien-être pour les vaillantes populations paysannes
de Guinée.
Chers compatriotes,
Les défis à relever sont certes immenses, et votre
Gouvernement n'a pas la prétention de les relever tous, et
tout de suite. Cependant, par le contenu qualitatif qu'il
mettra à son action, il veut s'affirmer comme un Gouvernement
de l'espoir, guidé et motivé par l'obligation de résultats
dans les divers domaines de l'économie, de la cohésion
sociale, du travail et de la solidarité.
C'est dans cet esprit qu'il souhaite nouer un véritable
pacte avec le peuple de Guinée.
Ce pacte sera d'abord républicain par le respect de la Loi
Fondamentale et la poursuite de la construction démocratique
; mais, il sera aussi un pacte de croissance durable et de
solidarité par la création d'une richesse nationale plus
substantielle et mieux redistribuée.
C'est dans le prisme de cette vision résolument tournée
vers un meilleur avenir pour toutes et tous, que s'inscriront
les grandes réformes qui seront engagées avec toutes les
forces vives, avec le noble dessein d'assurer à notre pays le
progrès auquel aspirent les populations.
Mesdames et Messieurs, Chers concitoyens,
Ces perspectives sont à notre portée, pourvu que nous
acceptions, chacun pour sa part et dans la position qui est la
sienne, d'adopter la discipline et l'attitude requises, et de
déployer les efforts exigés par les sauts qualitatifs que
nous sommes condamnés à faire pour notre bien à tous, pour
nos enfants et pour les futures générations.
Pour ma part, je voudrais vous rassurer de mon optimisme
dans l'avenir de notre Nation. Cet optimisme, loin de toute
utopie, se nourrit de cet intarissable appel au changement qui
habite notre peuple, toutes générations confondues. Je suis
convaincu que le bouillonnement d'aujourd'hui, définitivement
soustrait de l'emprise étriquée de l'ego, désormais
canalisé et orienté vers les grandes causes communes, nous
permettra de faire de notre pays le havre de paix et de
bonheur partagé auquel nous avons toujours aspiré.
J'ai confiance en la Guinée, en une Guinée généreuse et
volontaire et je vous invite, chers compatriotes, au travail
dans la responsabilité et le civisme. Nous sommes unanimes à
admettre que la récréation n'a que trop duré. Il est temps
qu'elle prenne fin, pour la sécurité et la prospérité de
notre jeune nation.
Mon Gouvernement et moi-même savons compter sur le soutien
de toutes et de tous, dans l'accomplissement de cette haute
mission, confiée à tout le peuple de Guinée, à travers son
Excellence Monsieur le Président de la République, le
Général Lansana CONTE.
Que Dieu protège la Guinée.
Je vous remercie ! "
Communiqué du premier conseil des
ministres du gouvernement Souaré
Il s'est tenu ce vendredi 27 juin 2008 de 9 h à 13 heures
à la Primature une session extraordinaire du conseil des
ministres. Sous la présidence de Dr Ahmed Tidiane Souaré,
Premier ministre, chef du gouvernement, ce conseil
extraordinaire a examiné les points suivants inscrits à
l'ordre du jour :
1- Ethique et principes du travail gouvernemental
2- Organisation du travail gouvernemental
3- Préparation du plan d'action sectoriel des ministères et
du programme d'action gouvernemental avec une composante
programme minimum d'urgence
4- Mémorandum de politique économique et financière du
gouvernement et plan stratégique de réforme des finances
publiques
5- Identification et programmation des grands dossiers de
l'Etat par les départements ministériels
6- Conditions d'installation des départements ministériels
7- Restructuration des départements ministériels
8- Divers
Avant d'ouvrir les débats, le Premier ministre, chef du
gouvernement, Dr Ahmed Tidiane Souaré, a réitéré l'appel
du chef de l'Etat au cours de l'audience qu'il a bien voulu
accorder à la nouvelle équipe gouvernementale, à savoir le
respect mutuel, le patriotisme, une conscience très élevée
du devoir et de la responsabilité d'Etat, le respect de la
hiérarchie pour qu'enfin émerge une administration publique
efficace et scrupuleuse, apte à accomplir toutes ses
obligations vis-à-vis des citoyens. Le Premier ministre a
instruit aux membres du gouvernement de se conformer aux
orientations et aux directives éclairées du Chef de l'Etat,
son excellence le général Lansana Conté, pour la bonne
conduite de l'action gouvernementale et aussi pour combler les
espoirs suscités par la mise en place du nouveau
gouvernement. Un gouvernement composé, ainsi que l'a
recommandé monsieur le président de la République, de
toutes les forces vives du pays.
Pour sa part, le Premier ministre, chef du gouvernement, a
fait des recommandations utiles et pertinentes pour préserver
la cohésion de son équipe et créer les conditions de la
confiance et de l'estime réciproques : la transparence, le
respect du secret des délibérations, le devoir de réserve
qu'impose la qualité de membre du gouvernement, la discipline
et la solidarité gouvernementales basées sur la concertation
tous azimuts et la collégialité. Par ailleurs, Dr Ahmed
Tidiane Souaré a exhorté les membres du gouvernement à
l'austérité et à la sobriété afin de donner l'exemple et
partager avec les populations les sacrifices indispensables à
améliorer la situation économique et financière. " Il
faut se garder de tout gaspillage, les rares ressources dont
dispose l'Etat doivent être équitablement réparties et
profiter à tous et non à une minorité ", a vivement
recommandé le Premier ministre, chef du gouvernement.
L'autre vœu du Premier ministre, partagé par l'ensemble
du gouvernement, c'est la nécessité impérieuse de procéder
à un état des lieux dans les différents départements
ministériels, afin que les ministres entrants soient
édifiés à propos de l'héritage d'une part ; et d'autre
part, qu'à leur tour, le moment venu, ils soient jugés et
sanctionnés en toute connaissance de cause. A cet égard, le
contrôle d'Etat a reçu un mandat express. Il faut cependant
souligner que le Premier ministre a précisé qu'il ne s'agit
guère de déclencher une chasse aux sorcières. Bien au
contraire, il a invité les nouveaux ministres a tiré le
meilleur parti de l'expérience de leurs prédécesseurs pour
l'élaboration de leurs plans et programmes d'action. "
Le délai de grâce est court tant les populations attendent
de nous beaucoup et tout de suite ", a prévenu le chef
du gouvernement. Aussi a-t-il été demandé à chaque
ministre d'identifier des actions concrètes et réalistes à
mener et qui vont constituer la trame du programme
gouvernemental. Il a été d'ailleurs préconisé
l'élaboration d'un programme minimum d'urgence. Pour ce
faire, il a été recommandé de revisiter celui conçu par le
gouvernement sortant pour l'adapter au contexte et aux défis
de l'heure. Le ministre de l'Economie et des finances a été
invité à tenir compte dans la loi rectificative de finances
des aménagements intervenus dans la structure gouvernementale
ainsi que ceux envisagés dans les différents programmes et
stratégies hérités.
Quant à l'organisation du travail gouvernemental, le
Premier ministre, chef du gouvernement, a annoncé au conseil
l'organisation prochaine d'un séminaire à l'attention des
nouveaux ministres, afin de définir et adopter ensemble des
objectifs précis et clairs et aussi de discuter des voies et
moyens pour les atteindre dans des délais raisonnables, en
tenant compte de l'impatience des populations et de la demande
sociale très forte. A cette occasion, il sera aussi débattu
d'un système d'évaluation interne des membres du
gouvernement pour corriger au fur et à mesure les faiblesses
et les insuffisances constatées.
Au titre des communications, le ministre de l'Economie et
des finances a informé le conseil du passage du dossier
Guinée devant le Conseil d'Administration du FMI le 11
juillet prochain, dans le cadre de la revue périodique du
programme liant cette institution à la Guinée. Ainsi, trois
documents ont été soumis à l'examen du conseil à savoir :
le mémorandum de politique économique et financière du
gouvernement, le plan stratégique de réforme des finances
publiques, le plan d'assainissement d'EDG. Après l'exposé
introductif du ministre de l'Economie et des finances, le
conseil a émis des avis et suggestions et s'est prononcé en
faveur de l'adoption des documents présentés. Auparavant, le
ministre de l'Economie et des finances a rappelé quelques
souhaits émis par les institutions financières
internationales dans le cadre du partenariat avec le
gouvernement. Entre autres, le plan d'assainissement
d'Electricité de Guinée - EDG -, l'adoption par l'Assemblée
Nationale d'un projet de loi relatif à une modification des
statuts de la Banque Centrale , la flexibilité des prix des
produits pétroliers en tenant compte de l'évolution du cours
mondial du baril du pétrole…
Abordant le 5e point de l'ordre du jour, le Premier
ministre, chef du gouvernement, a invité les différents
ministres à communiquer sans délai tous les dossiers
brûlants à soumettre à l'examen de la prochaine session du
conseil des ministres.
En outre, pour permettre à la nouvelle équipe
gouvernementale d'avoir les moyens de ses ambitions, le
Premier ministre, chef du gouvernement, a demandé le
recouvrement de tous les montants dus à l'Etat. Il a aussi
enjoint le ministre de l'Economie et des finances de
travailler avec d'autres ministres, dès le lundi 30 juin, à
identifier des sources de recettes potentielles pour l'Etat.
Pour soulager les populations, le chef du gouvernement a
instruit le ministre du Commerce et de la compétitivité de
rencontrer les opérateurs économiques afin de discuter des
modalités pratiques de réduction des prix des denrées de
première nécessité comme le riz. Une équipe
gouvernementale composée du ministre du Commerce et de la
compétitivité, du Développement industriel, des PME et de
l'artisanat, du ministre de l'Economie et des finances
rencontrera les mêmes opérateurs économiques pour discuter
et s'accorder à propos des activités en Guinée du bureau
Veritas.
En ce qui concerne les conditions d'installation des
ministres, le ministre Secrétaire Général à la Présidence
a donné d'amples informations à propos des dispositions
déjà prises. Il a rassuré le conseil que tous les ministres
seront dûment installés et à temps pour leur permettre
d'être opérationnels. Le Premier ministre a insisté sur
l'urgence à mener à bien ce processus d'installation.
Abordant la question de la restructuration des
départements ministériels, le Premier ministre, chef du
gouvernement, a déclaré qu'au cours du prochain conseil des
ministres, un projet de décret relatif à la nouvelle
structure gouvernementale sera discuté et adopté pour être
ensuite soumis à la signature du chef de l'Etat, son
excellence le général Lansana Conté. D'ores et déjà, le
chef du gouvernement a souhaité que les ministres entament
les consultations pour la formation de leurs cabinets
respectifs. " Il n'y a pas de temps à perdre ",
a-t-il indiqué. Pour justement faciliter la tâche aux
ministres et les mettre effectivement au travail, le conseil a
demandé à chaque membre du gouvernement de déterminer dans
la semaine un jour d'audience publique. Le Premier ministre a
aussi demandé à ses collaborateurs de se présenter les
premiers à leurs bureaux, dès 8 heures, pour constituer un
exemple de ponctualité et d'assiduité au poste pour tous les
autres dans le but d'instaurer une administration efficace et
consciencieuse.
Enfin, au titre des informations, le conseil a été
informé par le ministre de l'Enseignement pré-universitaire
et de l'éducation civique du calendrier des examens de fin
d'année : ils débuteront par l'épreuve du baccalauréat
unique le lundi 30 juin 2008 et s'étendront jusqu'au 19
juillet inclusivement. Le Premier ministre, chef du
gouvernement, a mis à profit l'occasion pour demander aux
ministres en charge de l'Education de préparer dès
maintenant la rentrée scolaire compte tenu des nombreux
défis à relever.
Pour sa part, le ministre de la Sécurité a annoncé la
reprise effective du travail par la police à la demande du
gouvernement et a rassuré de la disponibilité de son
personnel à remplir correctement sa mission traditionnelle au
service de l'Etat et des institutions.
Pour le conseil, le ministre de la Communication et des
Nouvelles Technologies de l'Information, Porte-parole du
gouvernement
Tibou Kamara
Halte à la culture de l'impunité !
Les policiers tombés sous les balles de leurs frères
d'armes le 17 juin dernier ont été inhumés le vendredi
dernier au cimetière de Kameroun. En même temps les
grévistes ont repris le travail après avoir obtenu des
grades entre autres. Mais, pour le commun des mortels, les
leçons à tirer de cette grève de la police guinéenne sont
les graves violations des droits de l'homme perpétrées par
d'autres hommes en uniforme.
En effet, la constitution de la République de Guinée
reconnaît au citoyen le droit d'observer une grève pour
revendiquer ses droits. C'est pour user de ce droit et surtout
pour emboîter le pas aux militaires que la police guinéenne
a entamé un mouvement de grève le 16 juin dernier. Un
mouvement qui a tourné au drame dès le lendemain. L'armée,
qui venait d'arrêter elle-même une mutinerie à l'issu de
laquelle des citoyens ont perdu leur vie et leurs biens, s'est
vivement opposée à cette grève. Elle a réprimé violemment
la grève de la police, saccageant des commissariats de
police, incendiant des véhicules de la police et massacrant
certains agents grévistes. Ce fut un véritable mardi noir
pour la police. Ironie du sort, une véritable chasse à
l'homme contre les agents chargés du maintien de l'ordre dans
la cité a été organisée. Certains policiers ont été
arrêtés, tabassés, leur tenue déchirée parfois brûlée.
Certains d'entre eux ont été traînés dans des eaux usées
de la capitale. Ils ont été obligés de se laver et même de
boire ces eaux insalubres. Des spectacles horribles se sont
déroulés devant le centre culturel franco-guinéen.
Cette autre violation de la constitution guinéenne fait
suite à une série d'autres violations qui menacent
dangereusement la sécurité individuelle et collective en
Guinée. En effet, durant leur dernière mutinerie les soldats
ont obtenu des autorités l'abandon de toute poursuite contre
les auteurs des tueries de janvier et février 2007. En outre,
les détenus suite à ces événements ont été purement et
simplement libérés sans aucune forme de procès.
Dès lors la commission d'enquête devant faire la lumière
sur les tueries de janvier et février 2007, qui avait déjà
du mal à se mettre en place et à fonctionner, semble être
définitivement enterrée. Cela veut dire que les victimes des
événements de janvier et février 2007 n'ont plus aucun
recours. Cette impunité dont bénéfice les services de
sécurité est extrêmement dangereuse dans la mesure où à
l'absence de la loi les justiciables vont essayer de se rendre
justice.
Cette culture de l'impunité n'a pas commencé aujourd'hui.
Elle date de la première République. En effet,
jusqu'aujourd'hui aucun tortionnaire encore moins un
commanditaire des graves violations des droits de l'homme dont
la Guinée fut tristement célèbre pendant la révolution n'a
été inquiété. Certains responsables du nouveau pouvoir
ayant été directement ou indirectement impliqués dans les
violations des droits de l'homme de l'ancien régime, ils ont
toujours fait obstacle à la manifestation de la vérité.
C'est ainsi que, contrairement à l'engagement solennellement
pris devant la communauté internationale au lendemain de la
prise du pouvoir par l'armée en avril 1984, certains nouveaux
responsables ne tardèrent pas, à leur tour, à commettre les
mêmes crimes qu'ils ont vivement condamnés. Que ce soit en
1985, en 1998 ou en 2007, la Guinée après Sékou Touré a
enregistré beaucoup de victimes.
Rien ne justifiant la mort d'un homme, les autorités
doivent mettre tout en œuvre pour arrêter cette culture
d'impunité. Quel que soit le prix à pays les auteurs des
graves violations des droits de l'homme doivent répondre de
leurs actes. Dans un monde désormais unipolaire, les auteurs
des tueries, des vols, des viols et autres atrocités de
toutes sortes doivent savoir que le monde les observe et que
ces crimes ne resteront jamais impunis. Eux et leurs
commanditaires répondront inévitablement un jour ou l'autre
devant la justice nationale ou internationale.
Habib Yambering Diallo
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